« 3 ans que je pratique la méditation, et je n’y arrive toujours pas ! »

Ceci est un extrait d’une réflexion cinglante de mon mental il y a deux semaines après ma séance de méditation quotidienne. Explications.

Avant toute chose, il me semble nécessaire de poser le cadre de cet outil que j’utilise depuis un certain temps et que j’ai brièvement évoqué dans plusieurs de mes articles jusqu’à présent.

La méditation : Tentative de définition

Après plusieurs lectures sur le sujet, principalement réalisées pour la raison mentionnée dans le titre même de cet article (…), je vais citer l’un des experts français en la matière, Christophe André, pour définir ce qu’est la méditation.

La méditation de pleine conscience consiste à se focaliser sur l’instant présent, sur ses sensations internes et perceptions. – Christophe André, psychiatre et psychothérapeute spécialisé dans les troubles émotionnels.

Une séance de méditation c’est donc un moment que l’on prend pour observer ce qui se passe en nous (respiration, sensations, pensées …) et autour de nous (bruits, odeurs …), ici et maintenant.

Une nuance toutefois : La méditation de pleine conscience aussi appelée mindfulness est une approche de la méditation parmi d’autres. Elle est de type attention ouverte (en opposition à la méditation d’attention focalisée où l’on fixe notre attention sur un objet unique – partie du corps, la respiration, un objet réel …). Mais il existe de nombreuses façons de pratiquer la méditation, et même de l’enseigner. La vision de Fabrice Midal, fondateur de l’école occidentale de la méditation pousse même la réflexion un peu plus loin : Au fil des ans (…) j’ai vu les manuels et exercices proliférer, et même des posologies être quasi prescrites (…). La méditation telle que je l’entends n’est pas une technique, elle n’est pas un exercice, elle n’a rien de mystérieux : elle est un art de vivre. L’art de se foutre la paix. Foutez-vous la paix et commencez à vivre / Chapitre 1 « Cessez de méditer, ne faites rien ».

Si l’approche de Fabrice Midal m’a beaucoup aidé à lâcher prise sur le fait de réussir ou non à méditer, restons sur la définition de la méditation de pleine conscience pour le moment, et balayons grâce à Christophe André quelques idées reçues.

Ainsi, la méditation de pleine conscience …

N’est pas une séance de relaxation : On ne cherche pas à atteindre un état de détente particulier. Par exemple, on ne refoule ni la tristesse, ni la colère pour s’apaiser; on cherche plutôt à observer ses émotions, ce qu’elles engendrent sur notre corps, et à les accepter en leur laissant la place d’exister.

Ne consiste pas à faire le vide dans sa tête : La méditation consiste à observer tout ce bavardage mental, prendre conscience que nos pensées existent, sans pour autant s’engager dans une activité mentale volontaire.

N’est pas une démarche religieuse ou spirituelle : C’est simplement une pratique mentale déconnectée de toute forme de croyance.

Les bénéfices ?

Depuis quelques années la science s’est intéressée aux bienfaits de la pratique méditative. Il est aujourd’hui scientifiquement prouvé que la méditation calme l’activité du cerveau, réduit le stress, améliore la concentration, la mémoire, réduit la douleur, et améliore même la santé cardiovasculaire et renforce le système immunitaire. Rien que ça !

Il y a plus de 3 ans maintenant, l’anxieuse que j’étais ne pouvait que sauter sur cet outil miracle pour tenter de se déstresser en apprivoisant toutes ses pensées.

Ma rencontre avec la méditation

J’ai découvert la méditation fin 2015, lorsque mon année noire prenait fin (lire ici)et que je cherchais à me reconstruire petit à petit. Ma période de chômage étant propice à cela, j’ai pris le temps de trouver ce que j’appelais à l’époque des « armes » pour me « protéger », et me reconstruire une « carapace » qui m’aiderait à ne plus prendre les choses trop à cœur à l’avenir. C’est à ce moment-là que je découvre par hasard la méditation, au détour d’un article dans un magazine.

Ne sachant pas comment m’y prendre, je choisis d’être guidée par l’application Petit Bambou qui propose un programme découverte de 8 séances gratuites. Une voix douce me parle, me guide et m’explique comment focaliser mon attention sur ma respiration, réaliser un scan corporel … et surtout elle me rassure en me rappelant constamment que si mon esprit s’égare, c’est normal. Qu’il s’agit d’en prendre note, et de tranquillement ramener son attention sur sa respiration. Elle m’explique aussi que c’est à force d’entrainement régulier que cela deviendra de plus en plus simple : mieux vaut privilégier 5 à 10 minutes chaque jour plutôt que 30 minutes à l’occasion.

Je me suis finalement abonnée pour avoir accès à l’ensemble du programme, pour environ 7€/mois. J’ai découvert des programmes de méditation très intéressants, et je me souviens de mon étonnement lorsque j’ai découvert celui réalisable dans les transports en commun. On peut donc méditer partout !

A l’époque -je ne sais pas si c’est toujours le cas-, la durée des méditations augmentait au bout de quelques semaines et il n’était plus possible d’avoir accès aux méditations de 10 minutes. Ayant du mal à y consacrer plus de temps, j’ai changé d’application en me tournant vers Namatata. Même principe que PetitBambou, cette application m’a convaincue et je l’ai gardée assez longtemps, car j’aimais autant la voix que le contenu des séances et leur durée : mes fameuses 10 précieuses minutes intégrées à ma routine matinale (cf. mon dernier article « comment me lever 10min plus tôt a contribué à changer ma vie« ).

Concrètement, ces séances m’ont été vraiment inconfortables pendant un sacré moment.

Je me retrouvais face au tourbillon de mes pensées, en devant « juste » les observer. Quelle angoisse ! Mince alors, c’était pourtant l’effet inverse qui était recherché …

En écrivant cet article, je repense à une série de séances en particulier, au tout début de ma pratique. Je crois comprendre aujourd’hui que c’était alors le premier face à face avec ma petite voix intérieure qui savait bien mieux que moi déjà à l’époque ce qu’il fallait que je fasse, et qui me mettait face à mes contradictions (non professionnelles à l’époque, mais relevant du domaine privé). Moi qui avais l’habitude d’étouffer cette voix par beaucoup de bruit et d’agitation, cette fois je me retrouvais face à elle, je l’observais puis ramenais mon attention sur mon souffle … et à peine 2 secondes après, elle réapparaissait. Comme si elle profitait de ce moment pour me parler.

Ces premières séances étaient donc particulièrement difficiles. Mais on me promettait une amélioration avec le temps, une meilleure capacité à recentrer mon esprit sur le moment présent, et à observer ces pensées avec un recul tel qu’elles n’auraient plus d’emprise sur moi. Alors j’ai persévéré.

Et j’ai bien fait. Avec le temps et tous les changements opérés progressivement dans ma vie, petit à petit ce moment m’est devenu plus agréable, ou du moins « vivable« . Comme évoqué plus haut, il ne s’agit pas d’une séance de relaxation. Je le considère personnellement comme un exercice pour mon mental, comme je fais de l’exercice physique pour mon corps.

Aujourd’hui je me sens assez autonome pour faire de la méditation non-guidée (en opposition avec la méditation guidée qui est proposée dans les applications ou via des audios sur internet). Lorsque je sens que j’ai la tête trop « pleine » et que cela va s’avérer difficile, je choisis de me laisser guider par la magnifique voix et l’ambiance sonore de l’application Néo voyage intérieur, qui propose des méditations guidées avec la particularité de nous emmener en immersion dans des régions du monde pour les réaliser (Amazonie, Himalaya, Sahara, Brocéliande …). Ici la tarification se fait sur la base des « voyages » que l’on achète pour 5,49€. Chaque voyage comprend 7 méditations guidées et 6 environnements sonores, et c’est vraiment très agréable.

Pourtant, si cette pratique a intégré ma routine matinale depuis un certain temps, il y a quelques semaines je me suis retrouvée face au constat que Bordel, je n’y arrive toujours pas !

Mon mental divague toujours autant. Le mien a surtout tendance à aller dans le futur, et à anticiper plus qu’à ruminer. Il choisit ce moment pour me rappeler de faire telle ou telle chose, et parfois même me donner des idées intéressantes pour mes projets en + … Bref, il me parle et m’éloigne de mon cher instant présent.

Je sais que c’est normal, et que c’est justement le principe de la méditation : accepter ces phénomènes, les observer et ne pas s’y accrocher. Revenir au souffle, et à l’instant présent.

Alors plus que de ne pas « réussir », il y a quelques semaines mon mental m’a surtout lancé à la figure qu’en 3 ans de pratique je n’avais pas progressé. Que j’en étais toujours au même stade. Qu’il y avait toujours une proportion assez faible de ma séance qui était réellement de la pleine conscience, en comparaison avec le temps passé à me faire happer par mes pensées. Que contrairement à tout ce que je lisais évoquant des bienfaits visibles en quelques semaines, moi franchement au bout de 3 ans j’en étais toujours au même point.

C’est justement lorsque je me suis entendue penser tout cela que j’ai réalisé que j’avais progressé.

Assez rapidement j’ai observé ce bavardage mental avec du recul. Je me suis dissociée de mes pensées. Elles qui ne sont que la production de mon mental et de mon ego, Pensouillard ce petit hamster qui tourne dans sa roue comme Serge Marquis aime à l’appeler*. Lui qui a besoin de réussir, de voir des progrès, et qui rumine et nous flagelle s’il n’est pas satisfait.

*Livre : On est foutu, on pense trop ! Comment se libérer de Pensouillard le hamster. et/ou conférence passionnante disponible sur Youtube en cliquant ici.

Quel soulagement en réalisant cela, et en prenant conscience que mes progrès étaient justement là ! Car d’une part il est fort probable que lors de mes séances la proportion de pleine conscience vs. la proportion de pensées ait augmentée sans que je ne m’en rende compte, car il n’y a aucun outil d’évaluation concret pour le mesurer.

D’autre part, – et surtout !!!!- mes progrès sont en réalité visibles au quotidien ! Avec la pratique, j’ai transposé ces méthodes d’observation des pensées, de retour à l’instant présent, de prise de recul sur le brouahaha de mon mental dans ma vie de tous les jours.

J’ai habitué mon cerveau à m’alerter quand Pensouillard le hamster est en train de s’agiter dans sa roue et prend le contrôle, ou de façon moins imagée lorsque mes pensées qui me font ressentir de l’agacement, de la colère, -ou d’autres émotions qui ne m’apportent rien si elles sont entretenues- prennent les commandes du navire en l’auto-alimentant. Plus j’entraîne mon esprit avec la méditation et plus cette prise de recul/de hauteur se fait rapidement. Elle me permet de sortir de ce tourbillon, de relativiser davantage et de revenir à ce qui compte vraiment, soit à la seule chose qui existe véritablement : le moment présent.

Un exemple concret : Depuis septembre il m’est arrivé à deux reprises d’avoir des échanges « tendus » avec des proches, et où j’ai ressenti que je bouillais intérieurement. Rien de bien méchant hin ;), simplement des échanges nourris sur la base d’un désaccord sur un sujet en particulier, et où je me sens alors particulièrement investie. Et bien désormais, lors de l’échange je me surprends à m’observer de l’extérieur et à prendre conscience que je me laisse envahir par toutes les émotions que cela suscite en moi. Difficile alors d’en sortir car je suis quand même dans l’instant, mais une fois l’échange terminé j’arrive à dissocier ce qui relevait du fond de la forme probablement dictée par mon petit Pensouillard qui réagit en fonction de son conditionnement. La méditation m’a aidé à prendre conscience que « je ne suis pas mes pensées« , comme Clotide Dusoulier le dit si bien dans l’épisode 3 de son podcast Change ma vie, et que je peux choisir d’apporter une réponse différente.

Cela ne veut pas dire qu’il faut refouler les émotions négatives, bien au contraire : mieux vaut les accueillir. Cependant, les accueillir ne signifie pas les entretenir. C’est là toute la différence.

Un autre exemple pour illustrer cela : J’évoquais dans mon article bilan après 7 jours de formation le stress ressenti lorsque mon petit Pensouillard (mon ego) s’est amusé à se comparer aux autres camarades de la promo en matière de performance physique. Et bien aujourd’hui mon esprit est capable d’observer cette agitation mentale, de réaliser qu’elle est toxique et ainsi faire le choix d’en modifier la programmation.

L’ancienne anxieuse que j’étais, facilement oppressée, est aujourd’hui beaucoup plus sereine et apaisée. Les crises d’angoisse qui ont rythmé de nombreuses années de ma vie semblent derrière moi maintenant. Les quelques très très rares montées de stress que je peux connaitre aujourd’hui sont rapidement apaisées par cette observation de mon mental, l’accueil de l’émotion et un retour à l’instant présent en reprenant conscience de ma respiration et de mon environnement extérieur. De véritables bulles de présent, comme j’aime à les appeler.

Alors finalement, la méditation est un entrainement comme un autre.

Sur le moment cela semble difficile, mais avec de la discipline, de la régularité les bénéfices arrivent plus rapidement qu’on ne le croit : l’esprit s’adapte, apprend, progresse. Sans évaluation cette progression quasi invisible nécessite de se poser pour observer son mental, et réaliser qu’en réalité, et sans que l’on s’en rende vraiment compte, nous délaissons progressivement le mode pilote automatique pour davantage de sérénité

Alors, je continuerai de ramener mon esprit à l’instant présent chaque matin pendant cinq minutes au moins, pour lui permettre de le faire de plus en plus facilement avec le temps.

Et vous, vous méditez ? Et si oui, est-ce que vous y arrivez ? (…) 😉

Lorsque vous reconnaissez dans votre tête une voix qui prétend être vous et ne cesse de parler, vous vous éveillez de votre identification inconsciente au flux de la pensée. En remarquant cette voix, vous vous apercevez que vous n’êtes pas le penseur, mais la conscience. Savoir que l’on est la conscience derrière la voix, c’est être libre.

Eckart Tolle

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s