Courir, pour ralentir

Pourquoi et comment s’obliger à débrancher le cerveau.

Mardi, 17H55 : STOP. Non, je n’ai pas réussi à faire tout ce que j’avais prévu. Il me reste encore à apprendre mon cours, à monter l’épisode du podcast, à avancer sur mon dossier … mais non. Stop. Je m’arrête. Car en bonne reine de la To Do List justement, je me suis notée d’aller courir au moins 30 minutes dans la journée. Je chausse donc mes baskets, partagée entre culpabilité de laisser toutes ces autres tâches de côté, et pourtant certitude que cette pause, je fais bien de me l’accorder. 

Car partir courir, ne serait-ce que 30 minutes, ça m’aide à ralentir.

C’est mon moment, à moi, rien qu’à moi. Cette année, aucun objectif de chrono, pas de course officielle pour ne pas trop en faire et risquer de se blesser. Ces 2 à 3 petits runs que je m’accorde et m’impose dans la semaine sont des pauses dans mon quotidien. Des parenthèses de déconnexion, ou de reconnexion.

Lorsque qu’après une journée très entourée, je me retrouve seule avec moi-même. Que le bruit de la ville laisse place au silence de la forêt. Et que l’agitation laisse tranquillement place au calme et à la sérénité

Dit comme ça, on pourrait penser que c’est magique. Pourtant, cela n’a rien d’instantané.

Les premières minutes, mon cerveau est encore en ébullition. Il pense à mille et une choses à la fois. Et puis petit à petit, les minutes passent et l’agitation se calme. Je me reconnecte à ma respiration, et je me force à regarder autour de moi : le sol, le ciel, les arbres, l’étang, les oiseaux … Dès que mon cerveau se remet trop en marche, que je cours non plus à l’extérieur mais à l’intérieur de ma tête, j’en prends conscience et je focalise à nouveau mon attention sur ce qui m’entoure. Vous voyez, la différence entre voir, et regarder.

Dans ces moments, j’ai l’impression que le temps ralentit, que je me reconnecte au « vrai » rythme, celui de la nature. Et d’une certaine façon, ça me recharge.

A chaque fois, je réalise à quel point ce temps « perdu » est de la liberté de gagnée, réduisant le risque de se sentir totalement happée par le quotidien et mes projets. 

On pourrait comparer le cerveau avec notre smartphone. Lorsque vous l’utilisez toute la journée en ouvrant plusieurs applications à la fois, il chauffe et voit sa batterie s’épuiser de plus en plus rapidement. Si on n’agit pas, on sait bien qu’il ne tiendra pas longtemps comme ça.

Lorsque je rentre avec après avoir laissé mon cerveau refroidir et avoir vidé le cache, j’ai l’impression d’avoir libérer de la place dans ma tête. Et en n’attendant pas que la batterie soit complètement à plat pour me recharger, je réduis le risque que le téléphone finisse par s’éteindre, et ne plus redémarrer.  

Pour moi c’est la course à pied -ou simplement la marche parfois- précisément lorsque je la pratique de façon méditative : sans plan d’entrainement, aux sensations, et sans musique pour être à l’écoute de ce qui m’entoure. Mais ce genre de pause pourrait prendre n’importe quelle autre forme, une fois que l’on a trouvé ce qui nous permet de nous recentrer …

… faire de la cuisine, faire de la musique, lire un bon bouquin, partir se balader seul ou bien avec ses proches … Tout ce qui nous permet de prendre conscience qu’on était en train de se faire happer, et nous aide à nous extirper de la tornade quotidienne -qu’elle soit vécue positivement ou négativement-. Tout ce qui nous permet de nous recharger, en faisant de la place dans notre esprit.  

Les bénéfices étant tellement nombreux, je me demande à chaque fois comment j’ai pu ne serait-ce qu’hésiter 2 minutes avant de chausser mes baskets. Devoir inscrire sur mon agenda ce temps OFF pour me l’accorder me semble dingue. Pourtant, je sais que si je ne m’y oblige pas, je ne le ferais pas.

Pourquoi est-ce si difficile de prendre du temps pour soi ? Pourquoi être « obligé de s’obliger » pour faire une pause ?  Pourquoi sommes-nous si nombreux à ne pas prendre le temps, de prendre le temps ? 

Il suffit de voir l’évolution de notre société pour réaliser que nous sommes constamment sur-sollicités et amenés à gérer 1001 choses à la fois si nous ne nous forçons pas à stopper la machine.

Si je reprends l’exemple de mon smartphone non pas comme analogie pour mon cerveau mais bien pour ce qu’il est,il est facile de constater qu’on ne passe pas une heure sans avoir une notification : Whatsapp, les mails, Instagram, Le Monde, Facebook …

Professionnellement le rythme s’accélère, et les diktats de la performance et de l’optimisation nous poussent à faire toujours plus dans un temps imparti … identique : Il y a bien toujours 24h dans une journée, 60 minutes dans une heure, 60 secondes dans une minute …  Je suis récemment tombée sur le Baromètre Santé et Qualité de vie au travail 2019 publié par Malakoff Médéric Humanis en septembre dernier, et quelques chiffres assez parlants illustrent bien cette tendance : 46% des salariés estiment que leur rythme de travail s’est accéléré au cours des 12 derniers mois, et 70% estiment que leur travail est nerveusement fatigant …C’est aussi valable lorsque l’on travaille indépendamment sur des projets « passion » comme c’est mon cas aujourd’hui, ou bien lorsque l’on est entrepreneur et que la pression de la rentabilité est telle qu’on pourrait bosser 26h/24h si c’était possible. Nous sommes sur-sollicités, et bien souvent nous nous sur-sollicitons. Alors finalement peu importe la situation dans laquelle nous sommes, le constat est le même.

Plus nos vies sont denses, plus le rythme s’accélère, et plus il semble indispensable de s’accorder ces temps OFF pour décélérer.

Se reconnecter à soi. Aux autres. A l’essentiel. Et ainsi se recharger pour éviter l‘épuisement psychique. Une fois que l’on a conscience de ça, il s’agit de le mettre en pratique … et c’est là que ça devient compliqué. Car nous sommes souvent rattrapés par toutes ces choses que nous devons faire.

Voici pour ma part ce qui m’aide à le faire  : 

  •  Je me discipline à la semaine

Lorsque je planifie ma semaine, j’inscris ces temps OFF dans mon agenda comme je le ferai pour un rendez-vous. Si vraiment je sais que couper va s’avérer très compliqué, je cale un appel avec l’un.e de mes proches à une heure bien précise pour me contraindre à stopper.

  • Je planifie des temps OFF plus longs 

Des weekends, des vacances … Quand on est salarié ici ça suppose de ne pas prendre son pc et de couper sa boite mail, au moins quelques jours. Lorsque l’on est indépendant, la difficulté se situe à l’étape précédente … à savoir simplement prendre ces moments. Car pas de congés payés ici. L’objectif : ne pas finir en burn-out en réalisant qu’on ne s’est pas accordé 2j d’affilé depuis une éternité. 

Plus courte, je m’accorde de temps à autre ce que j’appelle ma journée du kiff : une journée dont le principe est de ne faire que des choses que j’aime : partir courir dans les bois, déjeuner avec une amie, lire, m’accorder un massage, aller chez le coiffeur, appeler cet ami avec qui je n’ai pas pris le temps d’échanger depuis trop longtemps, dîner dans le fameux resto dont on me parle depuis 3 ans et dans lequel je ne suis jamais allée parce que j’ai toujours autre chose à faire … L’idéal serait une journée par mois. (En l’écrivant je me rends compte que j’en suis loin car la dernière commence à dater … va falloir se programmer ça rapidement 😉). 

  • Au quotidien : la méditation

La méditation a intégré mon quotidien depuis 2 ans maintenant, et elle représente ce que j’appelle des bulles de présent. Je suis loin d’être une experte, mon esprit divague bien souvent, mais en apprenant à repérer ce va-et-vient du mental et à me recentrer sur ma respiration, j’arrive plus facilement aujourd’hui à identifier lorsque mon mental est aspiré par la tornade du quotidien et à agir pour l’apaiser. Un formidable outil d’identification et de gestion du stress donc … auquel je consacrerai probablement un article plus détaillé. 

Preneuse de toutes astuces, n’hésitez pas à partager ce qui vous aide à vous recharger ! 🙂 Et pour conclure, je vous laisse avec quelques mots qui illustrent bien tout cela :

La pause, elle aussi, fait partie de la musique.

Stefan Zweig

4 réflexions au sujet de “Courir, pour ralentir”

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