Chaque jour qui passe est un jour où j’apprends

Trouver le juste équilibre entre exigence et bienveillance pour progresser avec sérénité. (Et éviter de prendre ses jambes à son cou en hurlant « maamaaaan » en plein milieu d’un Cuisses-Abdos-Fessiers).

« Tu ne t’étais même pas donnée le temps d’apprendre que tu t’étais déjà mise la barre très haute, et bien plus haute que les attentes que j’avais vis à vis de toi. Réalisant que tu peinais à atteindre ce niveau d’exigence que tu t’étais fixé, tu t’es ajoutée une pression supplémentaire, et c’est elle qui t’a fait paniquer.« 

Septembre 2013, j’ai 20 ans, je viens de démarrer mon alternance en RH au sein d’une grande entreprise et pour la première fois je me retrouve en véritable difficulté. Jusqu’à présent, hormis mon passage expresse en prépa dont je parle brièvement ici, tout s’était déroulé avec facilité : ma scolarité, mes activités extrascolaires, l’obtention du permis du premier coup, une première expérience en stage réussie … Cette fois c’était différent : j’étais complètement larguée. Une passation de poste inexistante, une charge de travail colossale en fin d’année, une tutrice débordée, et moi … paniquée. Désemparée car ne me sentant pas à la hauteur. Perdue face à toutes ces tâches que je devais réaliser, sans la lucidité me permettant de les prioriser. J’étais clairement noyée. Alors effectivement, c’était une prise de poste assez « chaude » pour une personne qui débute dans le métier. Mais ce qui m’a coulé davantage, ma tutrice a rapidement mis le doigt dessus : c’était mon incapacité à être indulgente avec moi-même, et à m’autoriser mon droit évident à l’erreur dans le cadre de mon apprentissage. Paradoxe : Moins je me l’autorisais, et plus j’en faisais par manque de lucidité engendré par mon stress …

Ajoutez-y un soupçon (voir un coulis) de panique du fait de ne pas satisfaire aux exigences de ma tutrice alors que mon besoin d’approbation pour exister était à son apogée, et je vous laisse imaginer les dégâts.

Mais ça, c’était avant.

Pour vous rassurer sur la fin de cette histoire, je suis progressivement remontée à la surface, à coup de petits signes de reconnaissance de la part de ma tutrice qui représentaient de véritables bouées de sauvetage pour la jeune femme que j’étais, en manque certain d’estime de moi. J’ai commencé à y voir plus clair, à me détendre car rassurée de sentir que je reprenais le contrôle, pour finalement, au bout de 3/4 mois « faire le job » et plutôt très bien aux dires de ma tutrice lors de l’entretien individuel réalisé 6 mois après mon arrivée.

S’auto-flageller n’a jamais fait de bien à personne.

Certes, il est parfois nécessaire de se secouer un peu, de se « mettre un coup de pied au *** » comme on dit. Pour autant, s’auto-flageller n’a jamais fait de bien à personne. Si vous êtes du genre à vous dire qu’il faudrait que vous fassiez plus d’effort, que vous n’êtes pas à la hauteur et que vous feriez mieux de laisser tomber, allant jusqu’à vous balancer des « j’aurai dû faire comme si », « si seulement j’avais fait comme ça », « mais qu’est-ce que je suis c**/*e, c’est pas possible ! », « quel boulet je suis … » dès que vous vous retrouvez en difficulté, prenez 30 secondes pour imaginer que c’est votre supérieur hiérarchique qui vous dit tout cela. Ou votre conjoint.e. Imaginez-le bien.

Vous sentez-vous plus motivé.e ?

Non seulement je parie que non, mais je pense aussi que les pensées qui vous viennent à son égard ne sont pas des plus aimables. Alors pourquoi nous infliger ça nous-même quand nous ne l’accepterions pas de la part de quelqu’un d’autre ?

C’est grâce à cet entretien individuel avec ma tutrice 6 mois plus tard, et aux mots qu’elle a employés que j’ai réalisé que, pour ma part, cette exigence supplémentaire que je m’ajoutais en plus de la pression existante dans une entreprise (…) ne m’était pas d’une grande aide … Ce feedback a été un vrai déclic. J’ai alors commencé à être plus indulgente avec moi-même, et à m’autoriser le droit à l’apprentissage : le droit de ne pas être au top niveau dès le début, de faire des erreurs car après tout, je n’ai pas de cœur dans la main, donc rien n’est aussi grave que je me l’imagine. Et paradoxalement, c’est en acceptant de ne pas immédiatement être en réussite à chaque démarrage d’une nouvelle activité , que j’atteins mon niveau d’exigence (oui, il est toujours présent) plus rapidement.

Aujourd’hui de nouveau dans un processus d’apprentissage, je réalise le chemin parcouru grâce aux expériences vécues qui m’ont fait prendre en assurance, à la maturité acquise ces six dernières années, et à l’évolution de mon regard sur moi : exigent, toujours, mais également plus indulgent, et bienveillant.

~Chaque jour qui passe est un jour où j’apprends~

Cette phrase, je me la suis régulièrement répétée en ce début de formation. Car bien qu’ayant pris en confiance et en maturité depuis l’expérience citée, l’apprentissage de ce nouveau métier nécessite d’autant plus de bienveillance envers soi-même qu’il implique de se retrouver directement en situation, face à des adhérents qui « payent un abonnement assez cher pour ne pas subir l’incompétence d’un nouveau coach en formation » (ces mêmes adhérents qui se plaignent de ne pas avoir assez de coachs … bref), ou qui sont tellement habitués à un coach en particulier que de voir un.e stagiaire le remplacer est un scandale. Si vous ne leur convenez pas, ils peuvent donc se révéler sans pitié, en face, dans les vestiaires, ou encore mieux : en se plaignant à la direction. Hmhm. Autre paramètre rentrant en jeu : lorsque l’on donne un cours de 45 minutes, contrairement à une présentation en réunion, aucun moyen de revenir en arrière sur votre PowerPoint en précisant « j’aimerai revenir au point 2.1, car j’ai oublié une précision« . Non, quand vous avez fait faire vos pompes, que vous aviez mal placé les tapis et que les adhérents n’ont absolument rien vu de votre démonstration … et bien pas de  » pardonnez-moi, j’aimerai revenir à la 3ème rep’ de la pompe, à la 20ème minute » pendant que vous les faites s’étirer en fin de séance. Bah oui, c’est simplement … trop tard.

C’est car ce niveau d’exigence instantané est bien réel qu’il est d’autant plus nécessaire d’être indulgent avec soi-même.

Un cours de 45 minutes, c’est comme une représentation théâtrale, tout se passe sur l’instant. Pour ne pas s’ajouter une pression supplémentaire qui nous ferait oublier totalement notre texte, ou bien nous mettre dans un état de stress paralysant en focalisant notre attention sur ce que pensent les gens à ce moment précis « ils doivent voir que je ne suis pas une coach formée (…) ça doit se voir que je ne suis pas calée sur la musique (…) oh mince, ils ont du se rendre compte que je leur ai fait faire 10 répétitions de + sur la jambe gauche que sur la droite (…) maamaaaan, JE VEUX MA MAMAAAAAAAN« , et faire des cauchemars en ressassant les potentielles remarques désobligeantes, être aussi bienveillant avec soi-même que le serait notre meilleur.e ami.e. ou bien un manager idéal est d’une aide précieuse. Pour ma part, je remercie les coachs de ma salle de sport qui m’aident à cela en me répétant que les réactions des adhérents face à un nouveau coach, et d’autant plus stagiaire, sont « normales » et qu’elles ne doivent pas m’atteindre, que de toute façon on ne peut pas plaire à tout le monde (cf. article précédent sur les singularités), et qui lors des débriefs appuient sur mes points forts pour me donner confiance tout en me suggérant subtilement des axes d’amélioration. Des « coachs », quoi 😉 …

Cela me renvoie à mon premier cours de stretching donné en août dernier, à peine quelques semaines après avoir débuté ma formation. Le coach qui devait donner le cours me propose de le faire. J’accepte le challenge, en me disant que chaque expérience me permet d’apprendre plus vite. Même si ce n’est pas parfait, je sais que je suis en situation d’apprentissage et franchement, j’estime m’en être pas si mal sortie. Ce que le coach me confirme en fin de cours, et pourtant … je vois deux femmes, des habituées, qui repositionnent les tapis en faisant la moue. Interprétation de la situation : elles n’étaient clairement pas emballées. Après un pincement au cœur de courte durée, mon affirmation me revient à l’esprit et mon état s’apaise immédiatement. Ce qui il y a quelques années m’aurait remuée plusieurs jours n’a pas eu d’effet plus de 15/20 secondes, me permettant de retourner sur l’estrade la semaine suivante sans appréhension supplémentaire, cherchant simplement à mieux faire. Et il s’avère qu’aujourd’hui, ces mêmes adhérentes semblent passer un bon moment ;).

Cercle vicieux, et cercle vertueux

Plus l’on se juge durement et plus les autres, en particulier les personnalités les plus « dominantes » le ressentent, et se permettent -inconsciemment la plupart du temps- d’ajouter une exigence supplémentaire à celle que l’on s’inflige déjà. La spirale infernale est alors enclenchée.

A contrario, lorsque l’on accepte ses propres limites, qu’on est à l’aise avec elles, les autres les acceptent plus facilement également. Ne préfère-t-on pas se retrouver face à quelqu’un qui sait reconnaître qu’il n’a pas la réponse à notre question mais nous informe qu’il va se renseigner, plutôt que quelqu’un qui dissimule son manque d’expertise par un tas de broderies vides de sens ?

Parfois plus facile à dire qu’à faire …

Quand on a l’habitude de se juger durement, devenir bienveillant envers soi-même n’est pas juste le résultat d’une décision prise à un instant t.

Tout comme lorsque l’on démarre un nouveau sport, ou toute autre activité d’ailleurs, cela nécessite entrainement, rigueur et discipline pour voir les premiers résultats. Plus on part de loin, plus c’est difficile, mais plus les progrès sont importants. Et lorsque les premiers résultats apparaissent, on réalise que ça en valait la peine, et on n’a plus qu’une envie : continuer de s’entraîner pour s’améliorer. Et comme dans la pratique d’un sport, cessez de vous entraîner et vous verrez votre condition physique (mentale en l’occurrence) se détériorer … D’où l’importance de la régularité ;).

Entre indulgence et Exigence : le juste équilibre

Attention. Etre indulgent avec soi-même ne signifie pas pour autant être laxiste, et s’autoriser à être « moyen » sous prétexte que nous ne sommes pas experts, que nous n’avons pas tous les éléments . Il s’agit plutôt de se mettre un niveau d’exigence réaliste nous permettant de progresser sans s’ajouter une pression supplémentaire. Plus généralement, d’accepter de ne pas tout connaitre, d’avoir besoin de temps pour appréhender une nouvelle situation, un nouveau métier. Si la phrase « Chaque jour qui passe est un jour où j’apprends » me parle particulièrement, c’est car elle intègre les notions de durée et d’apprentissage qui sous-tendent une remise en question permanente, permettant de ne pas se reposer sur ses lauriers, tout en restant bienveillant envers soi-même comme un parent le ferait avec son enfant qui apprend à marcher

Pour conclure, j’ai bien envie de citer le bon vieux Don Miguel Ruiz, et plus précisément le dernier des 4 accords toltèques qui en 5 mots résume peut-être l’intégralité de mon article … :

Faites toujours de votre mieux. – Don Miguel Ruiz

Simple, mais efficace, non ? 😉

2 réflexions au sujet de “Chaque jour qui passe est un jour où j’apprends”

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