[J-7] Si on m’avait dit ça, il y a 4 ans …

On est lundi. Et, dans une semaine, ce sera ma « rentrée ». Ma rentrée en formation. Ma rentrée des classes. Ma rentrée … scolaire ? Peu importe le terme après tout. Dans les faits, lundi prochain, à 9h30, je m’assiérai sagement dans une salle de cours, et démarrera ainsi cette année si spéciale à laquelle je me prépare depuis plus d’un an. Une année transitoire, intense, où je vais découvrir tant de choses, devoir les apprendre, les intégrer, en ayant certainement la sensation de repartir à zéro.

Si on m’avait dit ça, il y a 4 ans, quand, le 30 septembre 2015, je terminais mes études et obtenais mon Master avec mention. Ce 30 septembre, où, complètement épuisée après une année si compliquée, je m’étais amusée à me jurer le fameux « l’école, c’est enfin fini, je n’y mettrai plus les pieds ! ». Bien sûr, aujourd’hui nous savons que s’exclamer ça n’a aucun sens, que tôt ou tard on sera amené à se former à nouveau pour s’adapter à l’évolution si rapide du monde dans lequel on vit, et qu’au-delà de ça, l’époque où faire le même métier pendant 40 ans et rester dans la même entreprise est tout simplement révolue. Je le sais d’autant plus, que mon Master était un Master … RH.

Alors oui, je le savais, ou du moins j’acceptais le fait qu’un jour ou l’autre, j’y retournerai, sur les bancs de l’école. D’autant plus que je le disais déjà à l’époque de mon alternance : « les rh, je n’en ferai pas toute ma vie ». Inconsciemment, voir même consciemment, je savais donc que j’avais choisi cette voie parce que c’était ce qu’il y avait de « mieux » à faire. J’ai toujours été la bonne élève, celle que les maîtres, maîtresses et professeurs adoraient, qui stressait avant les contrôles, qui avait dévalisé le rayon papeterie du supermarché et qui collectionnait les fiches bristol de toutes les couleurs … Sans être excellente, j’étais studieuse, sérieuse, et bonne à l’école. Alors je suis rentrée en seconde générale, puis en 1ère S, parce que j’étais bonne en maths, et que lorsqu’on est bonne en maths, on ne loupe pas l’occasion de faire un bac scientifique qui nous ouvre toutes les portes à l’issue (un petit coucou au passage au meilleur professeur de maths qu’il m’ait été donné de rencontrer, en seconde.  Si vous passez par-là, vous vous reconnaîtrez, et sachez que je n’oublierai jamais votre bienveillance envers tous les élèves, sans distinction). Et puis, moi qui pourtant avais toujours eu envie de me tourner vers ces métiers où j’aurai pu exercer ce que j’appelle aujourd’hui ma mission de vie, qui à l’époque se résumait dans mon esprit par l’expression « aider les gens » … J’ai laissé mon professeur d’histoire-géo de l’époque, me dire à une semaine de clôturer les vœux pour les écoles post-bac, qu’avec mes notes, faire des études dans le paramédical pour devenir psychomotricienne … quel dommage, qu’il vaudrait mieux que je fasse une prépa ! (Lui, pour le coup, je ne le salue pas). What ?! Cette personne qui représente à mes yeux d’adolescente en pleine construction et avec un manque certain de confiance en soi le savoir et l’expérience, pense que c’est ce qu’il y a de mieux à faire ? Hm … voyons … classe préparatoire … école de commerce … ressources humaines, tient il y a humain dedans, ça devrait le faire ça. Aller, allons-y. 9 mois plus tard, mon Bac S en poche avec mention bien (14,02, merci l’option danse), 1 semaine de prépa, une crise existentielle et une dépression expresse au compteur, ma mère m’extirpe de là (encore merci maman), et sans remettre en question les rh, je choisis un canal pour y arriver qui me ressemble davantage : une licence en fac, suivie d’un master en alternance, m’assurant expérience, débouchés, un salaire plutôt pas mal et surtout, un statut et une place dans la société acceptable.

Attention, ne vous méprenez pas. Je n’ai aucun regret. Je suis plutôt reconnaissante d’avoir tirée les leçons de tout ça, et d’en avoir fait mon parti aujourd’hui. Car je sais que ces quelques années passées à étudier les Sciences et Vie de la Terre (SVT), ce que je préférais et dont j’avais fait ma spécialité, vont clairement m’aider dans le cadre de ma formation cette année (bonjour l’anatomie, la physiologie etc.). Que grâce à ce passage en prépa, je sais ce qui me ressemble et ce qui ne me ressemble pas. Et que ces 5 années à faire des RH, dont 3 dans le meilleur contexte possible, sont la clé de ce qui m’arrive de si beau aujourd’hui. Et la liste pourrait s’allonger, encore et encore. Cette pointe d’ironie est plutôt due à une remise en question globale du système, qui nous formate plutôt que nous forme, pour reprendre les termes de Fabrice Midal1. Si j’estime avoir eu la chance d’avoir pu apprendre d’expériences compliquées assez tôt et ainsi me réveiller, d’avoir quitté très rapidement la prison dorée que j’avais commencé à me construire toute seule, à la force de mes petits bras à l’époque peu musclés (héhé), je suis on ne peut plus consciente de la difficulté de le faire, quand pendant toute notre période de construction on nous a ramené à ce qu’il faudrait que l’on soit, plutôt qu’à devenir ce que nous sommes vraiment.  Si je pense pouvoir vous en parler des heures, citer un extrait du livre de Fabrice Midal intitulé « Foutez-vous la paix et commencez à vivre » semble l’option la plus efficace à l’instant t, tant à la lecture de ses mots j’ai trouvé la retranscription de ma pensée : « Depuis sa naissance, le petit humain est incité à rentrer dans un moule au lieu de prendre le risque d’assumer sa propre liberté. A l’école, il apprend à appliquer des règles toutes faites, il est bombardé des connaissances nécessaires pour le rendre disponible sur le marché du travail. On ne lui enseigne ni à réfléchir ni à être humain, mais à reproduire à l’identique, durant les contrôles et les examens, des connaissances qu’il a apprises par cœur. Notre éducation fait abstraction du monde chaotique d’aujourd’hui et de demain où chacun sera un jour amené à changer de métier ou de lieu de vie, à évoluer très rapidement au sein de sa profession, pour s’adapter à la vitesse de notre XXIème siècle. Une époque où il aura alors surtout besoin d’avoir l’intelligence des situations pour penser par lui-même, pour questionner, pour lire, non pour obéir à des règles qui seront très vite dépassées ». 

Bref. Ça y est, je crois que je me suis égarée. Tout ça pour dire, que lundi prochain, ce sera ma rentrée. Que, si je n’avais pas imaginé en revivre une seulement 4 ans après avoir terminé mes études, je n’ai ni la boule au ventre, ni ne ressens aucune forme d’appréhension. Je me sens simplement alignée.


1 Philosophe et écrivain, enseignants de la méditation en France – « Foutez-vous la paix ! et commencez à vivre ».

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